Thursday, January 1, 2015

Le dernier acte de Patrick Karegeya: laisser la piste qui mène à son assassin. Quelle bravoure!


Par Maurice SHANKURU
Le 1er Janvier 2015

Il y a des hommes qui naissent pour mourir en héros. Patrice Lumumba, Nkwame Nkrumah, Che Guevara , Nelson Mandela et j'en passe et de loin les meilleurs. Il y a d'autres dont le martyre devient ce tison flambant qui éclaire les autres pour continuer la lutte. Patrick Karegeya est de ceux-là.  Ah, ces héros qui ne meurent  jamais et qui laissent derrière eux un ultime geste de bravoure!

Tous ceux qui ont connu Patrick Karegeya disent que son combat contre l'exclusion et pour le vivre-ensemble du peuple rwandais ne sera jamais oublié. Il a allumé un feu qui ne s'éteindra jamais dit l'un, il aimait dire qu'un homme, un héros, ne meurt qu'une fois, rétorque l'autre.

C'est vrai. Patrick Karegeya a fait partie du système. En décidant de quitter ce navire des crimes et des mensonges, en claquant la porte de cet univers impitoyable de l'Agafuni et Akandoya, en dénonçant ouvertement cette mégalomanie d'un président prédateur, vampire et fou de surcroît, il venait de signer son arrêt de mort. Il le savait, il se savait menacé. Ne disait-il pas qu'un homme ne meurt qu'une fois?

En décidant de l'éliminer par " un meurtre trop parfait" comme les medias partisanes tentent de nous le faire gober, le meurtrier ne s'attendait pas à ce que l'homme pose un dernier acte de bravoure: Mettre les enquêteurs sur la piste de son assassin. Apollon Kirisisi.

En prévenant son neveu qu'il allait revoir Apollon Kirisisi à l'hôtel, l'homme a sans doute posé un dernier acte de bravoure. A-t-il eu un sursaut de méfiance à l'égard de cet homme qui venait d'habitude à son domicile et qui du coup changeait de programme? Il ne pouvait pas trop se méfier non plus car c'était lui qui lui avait réservé la chambre. C'était encore lui qui était parti le chercher à l'aéroport et qui lui avait servi de chauffeur toute la journée. Il ne pouvait pas s'imaginer que cet ami de longue date tuait le temps en attendant le moment fatidique. Il ignorait également que l'homme avait empoché des millions de dollars pour trahir cette amitié de longue date.

Ah, cette chanson de Jacques Buhigiro
Amafaranga, ni yo adutunga, ni yo aduteranya, Amafaranga ni yo aguha inshuti, ni yo aguda inshuti, yo kabyara yo gatsindwa.

Apollon Kirisisi ne pourra jamais survivre de son forfait, de cette trahison. C'est un homme fini. Il a tué un homme bon dont le Rwanda de demain avait besoin. Pour qu'un grain produise des fruits il faut qu'il soit mis en terre. Des milliers de Karegeya sont nés. Les consciences se sont réveillées.  Paul Kagame et ses sbires n'ont qu'à bien se tenir.
Eh oui, chaque jour qui passe le président rwandais s'approche de la fin de son règne. De quelle fin de règne? Ce qui rappelle ces paroles d'Honoré Ggbanda à propos de Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Zabanga, Maréchal du Zaïre:

"Le soir de l'office funèbre, j'ai vu devant moi un morceau de bois posé sur une table basse, entouré des membres de la famille, des enfants en pleurs. A l'intérieur de cette boîte en bois, un homme était endormi, vêtu d'un costume, d'une chemise et d'une cravate et d'une paire de chaussettes sans chaussures. J'ai bien regardé sa figure. Ses yeux, d'habitude éclatant, étaient fermées. Le Marchal Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Waza Banga, c'était lui! Et pourtant, aucune fanfare ne jouait, sinon les sanglots de douleurs de ses enfants qui déchiraient le silence de la salle! Aucune garde d'honneur. Seules ses filles et les quelques femmes membres proches de la famille entouraient le corps, assises par terre et poussant chacune des cris de douleur qui perçaient les cœurs meurtris. La bousculade habituelle des autorités nationales et des proches pour le simple anniversaire d'un de ses enfants avait cédé la place à un vide total et au calme de la cour d'exécution d'un meurtrier qu'on amène à l'échafaud".

Oui, le Maréchal Mobutu est mort très isolé. Et pourtant, il fut l'homme le plus craint de toute l'Afrique. Vanité de vanité, tout est vanité. Akamanyu K'umutsima.

Paul Kagame, en 20 ans de règne au Rwanda (sans parler de l'Ouganda), il aura tué le double de ce que la deuxième guerre mondiale a emporté. Triste record. Alors, Patrick Karegeya, sa dernière victime?

Patrick Karegeya, tu as été enterré, loin de la terre de tes ancêtres. Mais saches que tes amis; ta famille et le peuple rwandais se battront pour qu'un jour ta dépouille soit rapatriée.

Salut grand homme.

Paix à ton âme et Que la terre te soit légère.

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