Archives du TPIR: la France de Macron poursuit une politique du deux poids, deux mesures
Par Béatrice Uwamahoro
HTPJ Blog Contributor
28 juin 2026
Le
12 juin 2026, le Conseil de sécurité de l'ONU a débattu de l'avenir du Mécanisme
pour les Tribunaux pénaux internationaux (MTPI). Les discussions ont porté sur
un plan de réduction drastique des effectifs de l'institution, le transfert de
certaines fonctions au Secrétariat de l'ONU, et la relocalisation très
contestée des archives du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) et
du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).
Concernant
le transfert des archives historiques du TPIR, le Rwanda réclame le
rapatriement pur et simple des archives alors que la Tanzanie réclame le
maintien physique des documents sur place à Arusha pour rentabiliser les
infrastructures locales.
Paradoxallement,
la France soutient que les archives du TPIR soient transférées au Rwanda mais
que celles du TPIY soient conservées dans un « pays neutre »!
Les
déclarations du représentant français devant les Nations Unies concernant
l'avenir des archives du TPIR et du TPIY illustrent, une fois de plus, les
contradictions qui caractérisent la politique française sur le dossier rwandais
depuis plus d'une décennie.
En
effet, comment comprendre qu'au sujet des archives du Tribunal pénal
international pour l'ex-Yougoslavie, la France juge nécessaire leur
conservation dans un « pays neutre », alors qu'elle estime parfaitement
légitime que les archives du TPIR soient transférées au Rwanda?
Cette
position soulève une contradiction majeure. Le Rwanda n'est pas un pays tiers
étranger aux événements couverts par le TPIR. Le régime actuellement au pouvoir
est issu du Front patriotique rwandais, acteur central de la guerre qui a
précédé, accompagné et suivi le génocide de 1994. Une partie importante de
l'histoire politique, militaire et judiciaire contenue dans ces archives
concerne directement les protagonistes qui exercent aujourd'hui le pouvoir à
Kigali.
Si
la neutralité est un principe indispensable pour préserver l'intégrité de la
mémoire des conflits en ex-Yougoslavie, pourquoi ne le serait-elle pas pour le
Rwanda? Pourquoi ce qui est jugé nécessaire dans les Balkans deviendrait-il
superflu dans la région des Grands Lacs?
La
réponse semble malheureusement relever moins du droit ou de l'histoire que de
la politique.
Depuis
la présidence de Nicolas Sarkozy et plus encore sous Emmanuel Macron, la
diplomatie française s'est engagée dans un rapprochement stratégique avec
Kigali. Cette orientation a progressivement conduit Paris à adopter des
positions de plus en plus alignées sur les attentes du régime rwandais, parfois
au détriment de la distance critique qui devrait caractériser toute puissance
attachée à la justice internationale.
Le
problème n'est pas de reconnaître les souffrances des victimes du génocide ni
le droit du Rwanda à préserver cette mémoire. Le problème est de savoir si les
archives d'un tribunal international doivent être placées sous l'influence
directe d'un État qui demeure lui-même partie prenante de nombreux débats
historiques, politiques et militaires relatifs à cette période.
Les
archives du TPIR n'appartiennent ni à Kigali ni à Paris ni à aucune autre
capitale. Elles appartiennent à l'Histoire et à la conscience universelle. Leur
mission est de permettre aux chercheurs, aux juristes et aux générations
futures d'accéder à l'ensemble des faits, sans pression politique ni risque
d'appropriation mémorielle.
En
défendant la neutralité pour les archives du TPIY tout en l'abandonnant pour
celles du TPIR, la France crée une hiérarchie contestable entre les mémoires et
entre les exigences de justice. Cette position donne l'impression que les
principes invoqués varient selon les intérêts diplomatiques du moment.
Or
la justice internationale ne peut survivre durablement si elle est perçue comme
sélective. La mémoire des peuples mérite mieux que des principes à géométrie
variable. Elle exige une même rigueur, une même neutralité et une même
indépendance pour tous les conflits, qu'ils se soient déroulés dans les Balkans
ou dans la région des Grands Lacs.
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Le
Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni ce 12 juin 2026 pour son examen
semestriel du Mécanisme international appelé à exercer les fonctions
résiduelles des tribunaux pénaux (le Mécanisme) - l'organe chargé de parachever
les travaux des tribunaux historiques pour le Rwanda (TPIR) et l'ex-Yougoslavie
(TPIY). La présidente du Mécanisme, la juge Graciela Gatti Santana, a présenté
un plan stratégique prévoyant une réduction de 90 % des effectifs. Ce plan
propose de transférer les tâches non judiciaires - telles que la gestion des
archives et l'assistance aux juridictions nationales - directement au
Secrétariat de l'ONU. Le procureur en chef, Serge Brammertz, a souligné que,
bien que l'organe s'achemine vers une clôture ordonnée, la communauté
internationale doit conserver la responsabilité ultime concernant les condamnés
purgeant leur peine, la lutte contre la négation du génocide et la prévention
de la glorification des criminels de guerre. Les membres du Conseil se sont
opposés sur les délais. Si des pays comme la France ont soutenu un achèvement
progressif et responsable afin de préserver l'héritage juridique des tribunaux,
d'autres, notamment la Fédération de Russie, ont vivement critiqué le Mécanisme
pour ses retards « excessifs et injustifiés » et ont exigé un calendrier de
clôture clair et rapide.

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