Monday, April 16, 2012

Message du Congrès rwandais du Canada à l’occasion de la commémoration du 18ème anniversaire du génocide rwandais


Par Emmanuel Hakizimana, Ph. D.
Président du Congrès rwandais du Canada
Montréal, Canada, le 14 Avril 2012.


Chers membres des organisations membres du Congrès rwandais du Canada, chers amis

En ce mois d’avril où nous commémorons, pour la 18e fois, le génocide rwandais, le Congrès rwandais du Canada (CRC) vous présente ainsi qu’à vos familles ses condoléances les plus attristées. Nous saluons la mémoire de toutes les personnes, rwandaises ou non, qui ont péri dans la tragédie qui a ravagé notre chère patrie avant, pendant et après l’année 1994. Nous nous inclinons humblement devant tous les êtres chers disparus à cause de cette folie meurtrière : ceux dont la vie a été brutalement fauchée aux premières heures de la guerre en 1990, ceux qui ont été cruellement massacrés entre 1990 et 1994 ainsi que ceux qui ont été impitoyablement assassinés par la suite dans leur fuite en plein milieu des forêts congolaises et ailleurs. Puissent leurs familles et leurs proches accueillir notre humble message comme une brise sur leurs blessures encore béantes.

Chers compatriotes, chers amis

Nous ne pourrons jamais complètement refermer les immenses plaies que nous a laissées la tragédie rwandaise. Mais notre douleur serait plus supportable si nous pouvions au moins pleurer les nôtres en toute quiétude. Malheureusement, le régime de Paul Kagame qui porte une lourde responsabilité dans le drame qui nous a endeuillés ne nous accorde pas le moindre répit. Bien au contraire, tel un mauvais sort, il continue à sévir inlassablement tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Rwanda.

De fait, la majorité des membres de nos familles qui sont au Rwanda, en plus de subir la violation de leurs droits tout au long de l’année, sont interdits de deuil lors de la période de commémoration du génocide rwandais. Ils sont considérés au mieux comme des citoyens de seconde zone, au pire comme des indésirables qui auraient dû trépasser en même temps que les leurs. Aux yeux des autorités rwandaises, leur douleur est illégitime, voire indécente. Lorsqu’ils sont obligés d’assister aux diverses réunions organisées par le régime au cours de cette période de deuil collectif, ils doivent se garder de poser des questions sur la discrimination dont ils sont victimes. Quiconque transgresse cette règle est accusé de propager l’idéologie du génocide et se retrouve vite en prison.

Les réfugiés dispersés aux quatre coins du monde sont eux aussi loin de connaître la tranquillité. Le régime de Kigali envoie des escadrons pour en éliminer certains, lance des mandats d’arrêt internationaux contre d’autres ou sollicite leur rapatriement forcé. Dans cette persécution, la communauté rwandaise au Canada n’est pas épargnée.

Les autorités rwandaises n’hésitent pas à utiliser des accusations farfelues pour obtenir l’expulsion de certains de nos compatriotes toutes ethnies confondues.

Chers frères et sœurs, à cette adversité, opposons la solidarité et l’empathie. Le CRC est d’avis que cette période de commémoration du génocide rwandais doit aussi être un temps d’arrêt pour penser à notre avenir collectif, sur le plan communautaire dans le pays qui nous a accueillis, et en tant que membre d’un peuple meurtri qui croule encore sous la férule d’un régime tyrannique. Nous devons manifester notre solidarité à l’égard des membres de notre communauté dont le régime de Kigali réclame l’expulsion et qui vivent quotidiennement sous l’étreinte de l’angoisse. Ils ont besoin de nous, de notre réconfort, de nos encouragements, de notre soutien moral et matériel. Chacun selon ses moyens, appuyons-les et évitons-leur le pire des naufrages qu’est le désespoir.

En ce qui concerne notre chère patrie, notre communauté a toujours prôné la tolérance et l’empathie non sélective. Notre conviction est que l’on ne peut véritablement faire entendre sa propre douleur sans reconnaître celle des autres. Nous devons continuer à encourager l’émergence au Rwanda d’un leadership capable de paver la voie de la réconciliation entre les différentes composantes de la population. Comme la sagesse populaire nous l’apprend, « l'eau ne reste pas sur les montagnes, ni la vengeance sur un grand cœur ». Puisse notre chère patrie avoir des dirigeants au grand cœur!
Toutes mes sympathies.

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